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Réseaux sociaux et pression sociale

Rédigé par -Fred- Aucun commentaire

Fut un temps, avant même l'ère d'internet, la communication ne se faisait qu'en vrai (IRL). Pour communiquer avec quelqu'un il suffisait juste de se trouver face à lui et en gros de parler la même langue (pour faire pédant : adoption par toutes les parties en présence d'un protocole de communication commun pour échanger de l'information). A défaut de parler la même langue, il est toujours possible de bricoler un truc avec les mains. Là, c'est plus rudimentaire mais ça a l'avantage d'être bien plus souple finalement. Ça a bien marché quelques milliers d'années.

Bon, à un moment donné, les gens ont eu la possibilité de communiquer par internet et il faut bien avouer que ce qui a le mieux marché pendant un certain temps, ce sont les trucs normalisés par des RFC (Request For Comments ; ensemble de normes d'internet dont le processus de création est ouvert et où chacun peut participer ; dans la pratique après, il vaut mieux être un spécialiste dans son domaine mais bon, c'est ouvert et c'est ce qui compte). Internet a pu se développer grâce à ça. Typiquement, les protocoles liés au mail sont de ceux là. C'est rudement pratique car tout le monde peut créer une implémentation des RFC correspondants, monter son propre service sans rien demander à personne tout en pouvant communiquer avec les autres personnes qui utilisent aussi le service.

Aujourd'hui, les réseaux sociaux les plus populaires offrent un grand nombre de services à leurs utilisateurs, leurs utilisateurs sont toujours plus nombreux et finalement, nombre d'utilisateurs ne voient internet qu'au travers de leur réseau social. Au passage, petite reformulation, nombre d'utilisateurs de voient d'internet que ce que leur montre leur réseau social. Cela relève du choix personnel et si ce choix n'avait pas d'impact au delà, ça ne poserait pas de problèmes.

Se pose pourtant bien un problème : les réseaux sociaux servent par définition à communiquer entre plusieurs personnes. Mais comment faire communiquer ceux qui ont concentré toute leur activité sociale en ligne et ceux qui ne sont pas présents sur le réseau social en question ? C'est simple en fait :

  • 1 - soit l'interlocuteur qui n'est pas encore sur le réseau social se crée un compte.
  • 2 - soit l'interlocuteur qui se trouve déjà sur le réseau social continue à utiliser des modes de communication "traditionnels" pour atteindre ceux qui sont en dehors.

Le premier choix peut tout à fait être inenvisageable pour des question de respect de la vie privée par exemple. C'est aussi un choix personnel. Reste alors le second choix mais ce canal de communication est par la force des choses de moins en moins utilisé. En clair, il y a de part et d'autre des choix personnels qui par la force des choses finissent par devenir incompatibles.

Aujourd'hui, j'en suis là. J'ai plusieurs fois eu des invitations à m'inscrire sur tel ou tel réseau social pour être en contact avec des proches ou des connaissances. Récemment encore, on me l'a proposé, en me ventant le côté vraiment pratique du réseau social en question. Histoire de ne pas toujours pointer le même, là c'était Linkedin, plusieurs fois par le passé, ça aura été Google+. Je n'en ai jamais rien fait et j'ai à chaque fois indiqué poliment que je ne désirais pas y avoir de compte (une seule inscription Facebook au compteur, pour tester un truc, fermeture ensuite sans avoir utilisé la chose). Ce qui est amusant, c'est que c'est souvent par le mail qu'arrivent les invitations à s'inscrire sur le réseau social.

Le rapport de force tourne à l'avantage des utilisateurs de réseaux sociaux et la pression est de plus en plus forte pour y aller. En effet, je constate que je ne reçois plus autant de nouvelles de mes proches aujourd'hui alors que la plupart on une activité en ligne parfois importante. L'absence sur les réseaux sociaux n'est pas vraiment remarquée et quand bien même elle peut l'être, ça ne change rien.

Par honnêteté intellectuelle, je me suis demandé après coup si ce que je reproche aux réseaux sociaux n'était pas déjà reprochable à internet (média pour lequel il faut déjà être équipé), ou même à chaque évolution précédentes dans nos modes de communication (langues orales ou écrites par exemple). Finalement, ces (r)évolutions ont toutes pu à un moment placer certains individus en marge et je ne vois peut être que ce qui m'arrange. Tout cela est probablement exact. Aujourd'hui, une personne ne sachant ni lire ni écrire vit une exclusion bien plus importante que celle que je décris dans ce billet.

Toutefois, les réseaux sociaux ont à mon sens amené quelque chose de vraiment nouveau, à savoir qu'ils sont, au moins pour les plus populaires d'entre eux, centralisés et fermés. Alors que les modes de communication précédents se contentaient de fixer les règles pour échanger de l'information, les réseaux sociaux eux contrôlent en plus l'espace où ces règles s'appliquent et ont une vue générale sur l'ensemble de ce qui s'y déroule.

J'en arrive donc aujourd'hui à une aberration. Puisque je réfléchi un peu à ma manière de communiquer et que je cherche à être cohérent, j'en arrive à m'exclure tout seul du groupe, comme un grand, alors que ce n'est pas mon but :/ ...

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